SMIC à 1.600 EUROS, RéFORME DES RETRAITES: L'éCONOMISTE MICHAëL ZEMMOUR DéTAILLE LE PROGRAMME DU NFP

Législatives : le programme économique du NFP serait "fatal", déclare le patron du MEDEF. "C'est surtout un désaccord politique habillé par des inquiétudes économiques", pour Michaël Zemmour, économiste proche du programme économique du NFP.

Chiffré et présenté durant la campagne des législatives, le programme économique de l'alliance de gauche fait l'objet de critiques de la part du Medef (Mouvement des entreprises de France). L'organisation patronale a même déclaré mardi que "l'application du programme du Nouveau Front populaire serait fatale à l'économie française".

"Cela ne me paraît pas très sérieux", répond Michaël Zemmour, économiste qui défend ce programme, au micro d'Apolline Matin sur RMC et RMC Story ce mercredi 10 juillet 2024.

"Réorienter de la politique économique"

"Ce que propose le NFP, c'est une réorientation de la politique économique", poursuit-il. Au cours des dernières années, celle-ci "a consisté à baisser les prélèvements, notamment sur les entreprises - ce qu'elles ont peut-être apprécié -, pour pas beaucoup d'effet économique: une croissance en berne et qui a eu tendance à vider les caisses publiques".

De son côté, "le NFP propose plutôt une politique de relance, orientée vers le pouvoir d'achat, et de revenir sur certaines mesures comme la réforme des retraites ou celle de l'assurance chômage, et de les financer notamment en allant chercher des ressources du côté des hauts patrimoines, mais pas uniquement", résume Michaël Zemmour.

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D'où la peur du côté du Medef? "Je pense que c'est surtout un désaccord politique habillé en inquiétudes économiques", estime-t-il. Au centre des débats, une mesure emblématique du programme: celle du SMIC à 1.600 euros. Le Medef répond qu'il faudrait d'abord pouvoir créer des emplois et que cela empêcherait un certain nombre de petites ou moyennes entreprises de le faire.

Un avis que ne partage pas l'économiste. "Depuis des années, les politiques mises en œuvre visent à ce que les salaires n'augmentent pas: il y a eu un gel (du point) d'indice dans la fonction publique; le SMIC a toujours augmenté au minimum de ce qu'il pouvait; et même le gouvernement a mis en place des primes pour dire aux entreprises 'surtout n'augmentez pas les salaires'", énumère-t-il sur RMC.

Au contraire, "la dynamique alternative" proposée par l'alliance de gauche est de "réutiliser les salaires comme instrument de rémunération". Le SMIC d'abord, "mais aussi les autres, en organisant des conférences salariales".

Des interrogations sur la hausse du SMIC

Michaël Zemmour reconnaît que cela pose "sans aucun doute" des questions. "Je pense par exemple que ce serait intéressant de 'phaser' l'augmentation du SMIC", indique-t-il. Autrement dit, y aller par phases, donc ne pas passer directement à 1.600 euros, avec "une première augmentation d'un certain montant et un calendrier pour les autres organisé dès le début".

Pourquoi cette progressivité? Non pas parce que cela représenteraient "des coûts insupportables pour toutes les entreprises", la plupart d'entre elles peuvent les payer, et s'il y en a à aider, ce sera une minorité, selon l'économiste. Plutôt "parce qu'il faut laisser le temps aux autres salaires qui sont au-dessus du SMIC d'augmenter".

Quant à la question de l'emploi, "importante et souvent brandie comme un épouvantail", Michaël Zemmour défend que "dans la plupart des cas les entreprises peuvent largement absorber une augmentation des bas salaires puisqu'ils sont une toute petite partie du coût de la production".

Pour les entreprises "qui vont avoir besoin d'un soutien, par exemple dans le secteur associatif qui ne peut pas jouer sur ses prix, il y a un ensemble de dispositifs possibles", continue-t-il. "Par exemple, les exonérations de cotisations existent et peuvent amortir les choses, ou des mesures de péréquations", présentes dans le programme du NFP.

La cheffe des Ecologistes Marine Tondelier a jugé, selon des propos repris par Le Monde mardi, qu'il faudrait "une aide pour éviter des catastrophes dans les TPE (très petites entreprises, ndlr) et les PME (petites ou moyennes entreprises, ndlr)".

Changement de méthode?

Le leader de LFI Jean-Luc Mélenchon a dit dimanche soir que le SMIC à 1.600 euros pouvait être imposé tout de suite par décret. Or, s'il fallait dans le même temps donner des aides aux plus petites entreprises, il faudrait en revanche passer par la loi. Ne se pose-t-il pas simplement un problème de méthode?

"Il y a un mécanisme automatique: augmenter le SMIC augmente les exonérations sur les salaires qui sont au-dessus", explique Michaël Zemmour, qui illustre: "Pour une entreprise qui a quelques salariés au SMIC, d'autres un peu mieux payés, puis d'autres encore mieux payés, les coûts sont en fait en partie amortis par cet effet automatique des exonérations." Ainsi, "augmenter le SMIC de 7 ou de 14%" n'équivaut "pas du tout à 14% d'augmentation pour les entreprises du tout".

De manière plus générale, Michaël Zemmour juge sur RMC qu'il y a aussi un changement de méthode à avoir: "Effectivement, les décisions peuvent être prises par décrets, mais elles peuvent aussi être prises en consultation avec les partenaires sociaux."

"On a perdu l'habitude, ça fait 7 ans que toutes les décisions sont prises par en haut et jamais amendées. Le fonctionnement du marché du travail doit aussi se discuter, avec le patronat pourquoi pas, et avec les organisations syndicales, pour savoir comment ils voient les choses."

L'abrogation de la réforme des retraites, "le plus facile"

Le programme du NFP promet également l'abrogation de la réforme des retraites. "C'est presque ce qu'il y a de plus facile", selon Michaël Zemmour. Il détaille: "Si on désigne un Premier ministre, il a la possibilité de mettre en place le prochain budget et la prochaine loi de financement de la sécurité sociale, la réforme des retraites peut tout à fait passer par là techniquement. Du point de vue du financement, l'abandon de la réforme des retraites est totalement financé dans le programme, pas en taxant les riches mais par des légères hausses des cotisations, qu'on peut choisir de répartir entre employeurs et salariés sur les bas ou les hauts salaires, ce sont des sommes assez modiques."

D'après l'AFP, l'agence Moody's, dont les notes ont un impact sur le taux auquel la France emprunte à l'étranger, a prévenu mardi que l'abrogation de la réforme des retraites et la baisse de la volonté gouvernementale de faire des économies pourrait avoir "un impact négatif sur la notation de la France" et souligné des "difficultés" à venir.

"On avait dit 's'il n'y a pas la réforme des retraites, la note sera dégradée'; il y a eu la réforme des retraites et la note de la France a quand même été dégradée", ironise sur l'économiste, qui tempère: "Les agences de notation, il faut relativiser leur poids et leur importance."

"Les agences de notation disent s'intéresser à la croissance. La différence entre la politique qu'on a connue précédemment et la politique de la gauche, c'est que la gauche envisage de relancer la croissance justement par des mesures de pouvoir d'achat. Et je pense que les marchés y compris vont avoir une appréciation globale de la politique menée."

Une abrogation qui ne pourra avoir lieu que s'il y a un Premier ministre donc, alors que les tractations se prolongent, et s'il y a une majorité pour voter un budget. Ou, du moins, "ne pas l'empêcher", conclut Michaël Zemmour.

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