AFFAIRE LE SCOUARNEC : LE CHIRURGIEN PéDOPHILE AVAIT éTé SIGNALé PLUS DE 10 ANS AVANT SON ARRESTATION

Hôpitaux, conseil de l’Ordre des médecins et même le ministère de la Santé : dès 2006, ces institutions avaient reçu des alertes concernant Joël Le Scouarnec. Mais le chirurgien pédophile, soupçonné d’avoir abusé de plus de 300 enfants, n’a pas été inquiété avant 2017.

Des années d impunité. Selon les informations de franceinfo, le chirurgien pédophile Joël Le Scouarnec aurait fait l’objet de signalement dès l’hiver 2006. Mais ces avertissements sont restés lettre morte, permettant au médecin de poursuivre ses abus pendant plus d’une dizaine d’années.

Les premières alertes concernant Joël Le Scouarnec remontent à 2005 : repéré par une enquête du FBI, il est condamné pour détention d’images pédopornographiques à quatre mois de prison avec sursis. Sa peine ne comprend ni obligation de soin ni interdiction d’exercer la médecine et à l’époque, elle passe totalement inaperçue, raconte franceinfo. Le tribunal judiciaire de Vannes n’informe pas l’ordre des médecins de sa décision, pas plus que les hôpitaux où Joël Le Scouarnec exerce : le chirurgien n’est donc pas inquiété.

Ce n’est qu’un an plus tard, en juin 2006, qu’un collègue découvre, par hasard, la condamnation dont fait l’objet le chirurgien. Ayant aussi remarqué des comportements « alarmants », il informe sa hiérarchie, expliquant « avoir des doutes sur la capacité de Joël Le Scouarnec à garder toute sa sérénité au contact de jeunes enfants » détaille franceinfo. La direction de l’hôpital de Quimperlé transmet ce signalement à l’Ordre des médecins du Finistère. Joel Le Scouarnec est convoqué, mais le conseil départemental décide finalement de ne pas engager de procédure à son encontre, bien qu’il soit constamment au contact de jeunes enfants dans le cadre de son travail.

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Douze années d’impunité

Le signalement de Joël Le Scouarnec fait aussi son chemin du côté de l’hôpital, au niveau départemental, puis régional et jusqu’au ministère de la Santé, à la direction de l’hospitalisation et des soins (DHOS). Ce service est notamment en charge des sanctions contre les médecins hospitaliers.

La DHOS semble prendre au sérieux cette alerte. Selon franceinfo, « plusieurs hauts responsables écrivent noir sur blanc que cette condamnation est "préoccupante" et qu’elle n’est "pas compatible avec les conditions de moralités nécessaires" pour être praticien hospitalier ».

Mais Joël le Scouarnec, fraîchement titularisé, n’est finalement pas démis de ses fonctions : cette sanction est jugée « trop lourde » dans une note blanche du ministère de la Santé découverte par franceinfo. Le ministère y évoque la possibilité d’une plainte devant l’ordre des médecins, mais une fois de plus, cette sanction n’aboutit pas.

Les dysfonctionnements s’accumulent encore dans ce dossier : ainsi en 2015, lorsque le Dr Le Scouarnec demande à continuer d’exercer au-delà de l’âge légal de départ à la retraite, la personne qui signe son autorisation n’est autre que celui qui avait géré son dossier au sein de la DHOS. Une personne parfaitement au courant du profil de Joël Le Scouarnec, qui n’a pourtant pas jugé utile de signaler le chirurgien.

Ces défauts de signalement ont permis à Joel Le Scouarnec de continuer à exercer, y compris auprès d’enfants, pendant 12 ans. Selon franceinfo, la justice estime qu’au cours de cette période, le chirurgien aurait fait 45 victimes supplémentaires.

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